Loi anti fast-fashion : l'interdiction de publicité, nouvelle arme du législateur | Jacqueline Brunelet Avocat
La loi anti fast-fashion interdit la publicité pour la mode ultra-express. Décryptage d'une tendance : interdire la pub plutôt que taxer. Conseils d'un avocat en droit économique à Lyon.
Jacqueline Brunelet
7/8/20264 min read
Loi anti fast-fashion : quand interdire la publicité devient plus efficace que d'imposer des amendes
En bref : la loi visant à réduire l'impact environnemental de l'industrie textile (dite loi "anti fast-fashion"), publiée le 8 juillet 2026, interdit toute publicité pour les produits de mode ultra-express et pour les marques qui y recourent. Cette interdiction n'est pas un cas isolé : elle confirme une tendance de fond des législateurs français et européen, qui utilisent de plus en plus l'interdiction de publicité comme levier de régulation, aux côtés ou parfois même en substitution des taxes et sanctions financières plus traditionnelles. Énergies fossiles, véhicules polluants, biocides, obsolescence programmée : les entreprises doivent désormais intégrer ce risque publicitaire dans leur stratégie de communication.
Ce que dit la loi anti fast-fashion sur la publicité
La loi anti fast-fashion introduit un nouvel article dans le code de l'environnement, qui pose une interdiction claire :
"Est interdite la publicité relative aux produits relevant de la pratique de mode ultra-express définie à l'article L. 541-9-1-1, ou faisant la promotion directe ou indirecte des marques ayant recours à cette pratique." (Article L229-61-1 du Code de l'environnement).
Concrètement, l'interdiction est très large, puisqu'elle vise en réalité deux cas :
La publicité pour un produit relevant de la fast-fashion (c'est-à-dire avec un nombre élevé de références de produits neufs et une faible incitation à réparer ces produits);
La publicité pour la marque elle-même, même lorsqu'aucun produit en particulier n'est mis en avant.
A noter : cette interdiction vise également la publicité faite au travers des influenceurs. Un influenceur qui ferait quand même une telle promotion risquerait une amende de 100.000€.
Une tendance législative qui dépasse la mode
Cette interdiction n'arrive pas de nulle part. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large, où le législateur privilégie de plus en plus l'interdiction de publicité pour réduire une activité, plutôt que la seule taxation ou les sanctions financières.
Plusieurs textes, déjà en vigueur ou à venir, en témoignent :
La directive européenne EmpCo, dont la transposition en droit français est attendue pour l'automne 2026, prévoit l'interdiction de publicité pour les biens présentant une caractéristique d'obsolescence programmée.
Les énergies fossiles font déjà l'objet d'une interdiction de publicité en droit français.
L'achat des véhicules neufs les plus polluants est concerné, avec une entrée en vigueur de certaines mesures prévue jusqu'en 2028.
Certains produits biocides sont également soumis à des restrictions publicitaires.
Le message envoyé aux entreprises est clair : au-delà de la fiscalité écologique ou des sanctions administratives, la communication commerciale elle-même devient un terrain de régulation à part entière.
Pour les entreprises concernées, cela change la donne. La conformité ne se joue plus seulement au moment de la mise sur le marché du produit, mais dès la conception de la campagne de communication.
La checklist avant de communiquer
Face à cette multiplication des normes, un audit préalable de toute campagne publicitaire devient indispensable. Les points de vigilance incluent notamment :
l'existence d'une publicité interdite pour le secteur ou le produit concerné ;
les cas de publicité encadrée, soumise à conditions ou à autorisation préalable ;
les mentions obligatoires à faire figurer selon la nature du produit ou du service ;
le risque de greenwashing, qui fait désormais partie des priorités de contrôle pour la DGCCRF.
Le meilleur moment pour l'accompagnement juridique, c'est avant la communication, plutôt qu'au stade du contrôle par les autorités
Anticiper ces risques permet d'éviter un retrait de campagne, une sanction, ou une atteinte à l'image de marque. Jacqueline Brunelet, avocat en droit économique à Lyon, accompagne les entreprises et leurs dirigeants dans la vérification de la conformité de leurs actions publicitaires, en amont de leur diffusion.
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Questions fréquentes
La loi anti fast-fashion interdit-elle la publicité pour tous les produits textiles ?
Non. Elle vise spécifiquement les produits relevant de la pratique de mode ultra-express, telle que définie à l'article L. 541-9-1-1 du code de l'environnement, ainsi que la promotion des marques qui y recourent.
Une marque peut-elle continuer à faire de la communication institutionnelle si elle vend aussi des produits de mode ultra-express ?
La loi interdit la promotion « directe ou indirecte » des marques ayant recours à cette pratique. Une communication de marque déconnectée du produit reste donc à risque très important et doit être analysée au cas par cas. Une communication ne pourra échapper à l'interdiction que si elle n'est pas qualifiable de "publicité".
Quels autres secteurs sont concernés par une interdiction de publicité en France ?
Les énergies fossiles, l'achat de certains véhicules neufs polluants et certains produits biocides font déjà l'objet de restrictions publicitaires, avec des entrées en vigueur échelonnées jusqu'en 2028.
Qu'est-ce que la directive EmpCo ?
Il s'agit d'une directive européenne qui encadre particulièrement les risques de greenwashing. Elle prévoit, entre autres mesures, l'interdiction de publicité pour les biens présentant une caractéristique d'obsolescence programmée. Alors qu'elle devait entrer en vigueur au 27 septembre 2026, sa transposition en droit français est encore attendue et devrait voir le jour à l'automne 2026.
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